Souvenirs d’Ami Boué

Documents sur l’origine de la Société géologique de France

(souvenirs d’Ami Boué)

boue a« L’état florissant de la Société géologique de Londres avait inspiré, en 1828 et 1829, à quelques savants de Paris, surtout aux géologues et aux zoologistes, le désir d’une semblable association en France. Constant Prévost s’était principalement occupé de ce projet, et avait même formulé par écrit quelques articles constitutifs pour une pareille Société, après en avoir conféré avec quelques amis. L’apparition de notre Journal de géologie, au mois de janvier 1830, semble avoir hâté l’exécution de ce plan. Au commencement de mars MM. Constant Prévost, Cordier, de Blainville, de Férussac, Roissy et Jobert se réunirent, dans mon cabinet, rue de Tournon, 17.

« Si mes souvenirs sont exacts, ni M. Brochant de Villiers, ni M. Alex. Brongniart, ne furent invités à ce pourparler ; néanmoins, tous les deux accueillirent avec plaisir cette innovation, et Brongniart surtout fut toujours un zélé membre de la Société autant qu’un loyal confrère, même pour ceux qui ne partageaient pas toutes ses opinions scientifiques.

Nous fûmes bientôt d’accord sur les principaux articles, non seulement constitutifs, mais encore, en partie, administratifs, de la Société géologique. Par leur simplicité, leur application facile, ils ont depuis lors servi de modèle à plusieurs autres associations. Sous le nom glorieux, mais non exclusivement national de la France, on a vu se réunir successivement et séparément diverses classes de savants de tous les pays.

Je parvins à faire adopter en principe les réunions extraordinaires pendant les vacances, et cela, non exclusivement en France, mais même, si l’utilité s’en présentait, à l’étranger. »

« Le 17 mars 1830, le local de la Société philomatique de Paris réunit une quarantaine de personnes s’intéressant aux progrès de la géologie ; on y lut le projet du règlement provisoirement arrêté ; on délibéra sur chaque article et on adopta les bases définitives de l’association. Constant Prévost préféra les fonctions de secrétaire et me plaça au fauteuil de la présidence. La seconde eut lieu chez Cassin, rue Taranne ; M. de Roissy occupa le fauteuil ; Prévost passa en revue les quatre-vingt-quinze adhésions au règlement déjà reçues, et on élut le bureau. M. Cordier fut nommé président, et M. Élie de Beaumont, ainsi que moi, secrétaires. À la troisième ou quatrième séance, nous siégions déjà dans un local à nous, rue Jacob, d’où nous partîmes après un ou deux ans pour arriver au siège actuel de la société. »

Bulletin de la Société géologique de France, (2), XVIII, pp. 130-132.