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La Société géologique de France organise et parraine chaque année des réunions scientifiques & techniques. Elle  annonce également les manifestations scientifiques organisés par ses associations partenaires, celles des institutions internationales auxquelles elle est liée, ainsi que les réunions des associations avec lesquelles elle a signé un protocole d'accord :

    Réunion/séance spécialisée de la SGF
    Evénement parrainé par la SGF
    Manifestation organisée par une institution nationale ou internationale
    Manifestation organisée par une association partenaire à la SGF
    Manifestation où la SGF sera présente

 

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Les fossiles et la dérive des continents : d'Alfred Wegener à nos joursmercredi 9 décembre 2015 14:00 - mercredi 9 décembre 2015 17:45Société géologique de France
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Description  

14h-14h30 : Nathalie BARDET (CR2P, MNHN, Paris) - Une vie de héros : Alfred Wegener.


14h45-15h15 : Eric BUFFETAUT (CNRS, ENS, Paris) -  La Paléontologie dans l'oeuvre d'Alfred Wegener


15h30-16h : Bruno VRIELYNCK (Institut des Sciences de la Terre, UMPC, Paris) - Paléontologie, Paléogéographie : une complémentarité fondamentale. 


Pause (30 minutes)

16h30-17h : Stéphane PEIGNE (CR2P, MNHN, Paris) - L’évolution des mammifères et la dérive des continents : exemple du peuplement africain.  


17h15-17h45 : Anaïs BOURA & Romain THOMAS (CR2P, MNHN, Paris) - De Glossopteris aux angiospermes, l’apport des plantes en paléogéographie.

 

Compte-rendu de cette réunion publié dans le numéro 137 de Géochronique (mars 2016)

Le modèle de la dérive des continents est à l’origine de nos conceptions actuelles en sciences de la Terre. C’est en 1912 qu’Alfred Wegener publie un article fondateur de dix pages, Die Enstehung der Kontinente (L'origine des continents), où il expose pour la première fois ses idées sur le sujet. Pour le centenaire de cette publication, Nathalie Bardet et Eric Buffetaut avaient organisé à la Société géologique de France, le 21 novembre 2012, une conférence intitulée : « Cent ans de dérive des continents : hommage à Alfred Wegener ». Un nouveau centenaire devait être célébré en 2015 pour commémorer la parution de son œuvre majeure Die Enstehung der Kontinente und Ozeane (L'origine des continents et des océans). Ce fut l’occasion d’une réunion spécialisée de la Société Géologique de France le 9 décembre 2015. Une approche mettant en évidence le rôle des fossiles dans l’argumentaire de sa théorie est alors proposée comme thème de réunion par les mêmes organisateurs.

Nathalie Bardet a retracé à grands traits ce qui a été « une vie de héros » pour Wegener qui avait soif d'aventures et un goût prononcé pour la nature. Les expéditions à but météorologique, effectuées dans le cadre de son métier, lui ont permis d’assouvir cette passion et d’observer sur le terrain ce qui pourrait étayer ses recherches sur les mouvements des continents. Débattues lors de débats et congrès internationaux, ses idées ont été reçues avec scepticisme et même qualifiées de « doux rêves d'un météorologueallemand ». Wegener lui-même reconnaissait qu’il lui manquait le « moteur » qui expliquerait les déplacements des continents.

Eric Buffetaut rappelle que c’est la découverte de fossiles communs entre le Brésil et l’Afrique, qui, dès 1912, a consolidé l’idée des translations continentales énoncée précédemment au vu de la concordance déjà reconnue des côtes est et ouest de l’Atlantique. Pour Wegener, cette similitude des faunes ne pouvaits’expliquer que par une dérive des continents, l’hypothèse de ponts continentaux se heurtant à des impossibilités géologiques et géophysiques. Climatologue, il a faitappel aux fossiles comme marqueurs et a publié avec son beau-père, météorologue comme lui, des reconstitutions paléoclimatologiques. La séparation actuelle de faunes et flores identiques à l’origine, la répartition des Glossopteris suggérant le regroupement d’un vaste continent austral sont autant de domaines dans lesquels il a apporté une vision moderne.

Bruno Wrielynck a exposé les conceptions successives de la paléogéographie depuis Bacon (1620) jusqu’au programme Téthys et l’établissement de cartes synthétisant toutes les données connues (1970-1980). Les reconstitutions doivent être cohérentes, sinon les premiers résultats sont à réexaminer (exemple le bassin radiolaritique de Timor). Les incertitudes sur la position du pôle eulérien et/ou du pôle paléomagnétique sont à prendre en compte pour la position des paléolatitudes.

Stéphane Peigné, pour traiter de l’influence de la tectonique des plaques et des échanges de faunes de mammifères entre des blocs continentaux, pose trois questions : qui (identification des faunes), quand (cadre chronologique), comment (causes). Entre Amérique du Nord et Amérique du Sud (GABI Great American Biotic Interchange) les dispersions précoces correspondraient à la fermeture de l’isthme de Panama et les dispersions tardives au climat et à l’eustatisme. Entre l’Afrique et l’Eurasie, la dispersion majeure correspondrait à la collision afro-arabique (≈ 20Ma) ; des dispersions sporadiques ante-collision seraient contrôlées par l’eustatisme et les dispersions successives miocènes par le climat et l’eustatisme. Les peuplements ne sont pas toujours liés à la dérive des continents

Un duo de jeunes chercheurs est venu exposer l’état des recherches menées avec des méthodes modernes. Glossopteris (Anaïs Boura) est un ensemble de morphotaxons et l’existence d’un super-continent, suggérée dès 1902, reprise et développée en 1924 par Wegener, n’est plus basée sur un seul taxon mais sur une paléoflore mixte comportant des éléments gondwaniens, euraméricains et cathaysiens. Cette paléoflore disparaît lors de la grande crise permo-carbonifère. Pour Romain Thomas, la séparation du bloc Amérique du Sud/Australie d’avec l’Antarctique peut être couplée avec la séparation de deux clades super-familiaux d’angiospermes, mettant en relation les données de l’horloge moléculaire et celles des âges géologiques. La distribution actuelle des angiospermes n’est pas due seulement à des dispersions à longue distance mais dépend aussi de la dérive des continents.

L’idée de dérive des continents a eu du mal à s’implanter même après la découverte par des géophysiciens du « moteur » qui manquait à Wegener. Il fut un pionnier dans les sciences de la Terre. Les apports du modèle qu’il a proposé se retrouvent dans les différents domaines des recherches actuelles.

F. Debrenne