Notice nécrologique de Geneviève TERMIER, née DELPEY (1917-2005)

Cet article est publié en complément de la notice nécrologique publiée dans Géochronique n°97 "Les eaux souterraines", Mars 2006.

HOMMAGE À MADAME GENEVIÈVE TERMIER, NÉE DELPEY 1917-2005

photo TermierMadame Geneviève Termier, Directeur de Recherches au CNRS, est décédée, au terme d'une longue et douloureuse maladie, le 27 mai 2005, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, près de Paris.

Née le 2 avril 1917 à Paris, Geneviève Delpey révèle très tôt de très grands talents artistiques, qui la poussent vers le dessin scientifique à l'échelle, au compas de réduction, à l'observation minutieuse et à la détermination paléontologique. Très vite remarquée par Charles Jacob, titulaire de la Chaire de géologie de la Sorbonne, elle entre à la Sorbonne en 1937 où elle est nommée à l'âge de 20 ans, puis au CNRS. Elle s'intéresse tout de suite à la paléontologie et à l'évolution, et au genre de Gastéropode Pleurotomaria, l'un des plus anciens, apparu dès le Cambrien, avec Bellerophon. Les Monoplacophores, formes segmentées, n'étaient connus qu'à l'état fossile (Pilina). La découverte de Neopilina, Monoplacophore vivant que les croisières scientifiques de la « Galathea » ramènent en 1952 des grands fonds océaniques et du passé de l'évolution est un premier chaînon manquant dans l'origine des Mollusques et des organismes plus évolués. Avant même cette découverte, Madame Termier suivra cette évolution, depuis Pilina jusqu'aux Chitons, et plus particulièrement celle des Gastéropodes, des formes ancestrales non spiralées, à échancrure palléale comme Bellerophon, aux formes spiralées, à « fente pleurotomarienne », avec, notamment, Pleurotomaria, Haliotis, conduisant jusqu'aux Fissurella du détroit de Magellan. L'une des premières, elle en comprend l'importance, utilise la notion de « grade » et l'applique aux espèces fossiles de Gastéropodes. La première, elle propose une classification des Gastéropodes, basée sur l'appareil respiratoire et les traces de croissance mantellique. La torsion des Gastéropodes pose un problème, résolu par l'embryologie, de même que l'apparition de plis internes dans les coquilles des Nérinées, qui vont la passionner, ainsi que les formes déroulées de Gastéropodes. Elle a pressenti l'importance de facteurs d'environnement dans le déroulement des Gastéropodes et de certaines formes senestres et dextres et elle s'intéresse très tôt aux milieux et environnements actuels, comparés à l'Ancien. La beauté, les couleurs des Nudibranches (« les lièvres de Mer ») la fascinent. Ses recherches de paléontologie stratigraphique, science qu'elle va contribuer à créer avec Henri Termier, se matérialisent d'abord au Proche Orient où elle travaille avec L. Dubertret. En 1939, à 22 ans, elle présente sa remarquable Thèse sur « les Gastéropodes mésozoïques de la Région libanaise » et elle poursuit sa carrière de chercheur au CNRS. En 1942, elle part au Maroc, y épouse Henri Termier et en 1945 donne naissance à leur fils unique, Michel.

L'oeuvre de Geneviève Termier s'étend progressivement à d'autres groupes paléontologiques. À partir de 1944, Geneviève Delpey travaille et publie en association avec Henri Termier, maintenant sous le nom de Geneviève Termier. Leurs noms et leurs travaux deviennent indissociables. Leurs travaux vont d'abord porter sur la « Paléontologie marocaine » (Henri Termier étant fondateur et directeur du Service géologique du Maroc). Elle parcourt avec son époux, qui connaît si bien ce pays et les tribus Berbères, le cadre magnifique des montagnes du Maroc, et particulièrement la région préférée d'Henri Termier, le massif du Tichka.

Geneviève Termier est devenue un chercheur de renommée internationale qui, pendant plus de 40 années va s'illustrer dans les domaines de la paléontologie, la paléontologie stratigraphique puis, avec Henri Termier, la géologie globale et la paléogéographie.

Ils s'intéressent tous deux à l'« Histoire géologique de la biosphère », publié en 1952, à la « Formation des continents et progression de la Vie », 1954, à « l'évolution de la lithosphère », 1956. Dans ce dernier ouvrage, ils sont parmi les premiers à comprendre ce qui va aboutir à la future tectonique des plaques et à proposer un modèle de zone de subduction (vol II, figure 13, op.cit.). En 1946, Henri Termier est nommé Professeur à la faculté des sciences d'Alger. Il participera à l'organisation du 19e Congrès géologique international de 1952 où il recevra le prix Spendiarov. En 1955, élu à la Sorbonne, il y rejoint notamment Pierre Pruvost, Jean Piveteau, Jean Jung, Louis Glangeaud et Pierre Routhier. Henri Termier devient directeur du nouveau Laboratoire de géologie générale en 1960, avec les jeunes Professeurs qu'étaient alors Jean Aubouin et Michel Durand-Delga.

En 1967, Henri et Geneviève Termier invitent le physicien S.K. Runcorn à Paris, pour un cycle de conférences sur le paléomagnétisme et l'assemblage des continents. Là encore, tous deux ont pressenti que la « révolution des sciences de la terre » arrivait avec la tectonique des plaques.

Henri et Geneviève Termier furent ainsi, dans bien des domaines, de brillants précurseurs, et, comme tels, souvent incompris de leurs contemporains.

Chercheurs infatigables, passionnés et infiniment dévoués et serviables puisque Geneviève Termier déterminait gracieusement les trouvailles paléontologiques des uns et des autres, venant du monde entier. Ils ont publié jusque dans leurs derniers instants un très grand nombre d'articles scientifiques, de traités généraux, de livres pédagogiques. Primés par l'Académie des Sciences de Paris, la Société géologique de France, entre autres, membres élus de nombreuses sociétés internationales, ils restaient cependant d'une grande discrétion.

Couple uni, d'une très grande culture tous les deux, Henri Termier était aussi un mélomane averti et un grand pianiste. Ils aimaient la terre et la vie et les êtres extraordinaires comme Kim, le mainate qui parlait et faisait des syllogismes ou Nemo, le petit chat abyssin …

Henri et Geneviève Termier ont ainsi traversé le temps et ils nous ont laissé un héritage scientifique incomparable.

Au nom de notre communauté, de leurs élèves, des personnes qui ont travaillé avec eux, qui les ont connus, je voudrais dire toute notre tristesse de leur disparition. C'est pour moi un triste devoir mais aussi un grand honneur de leur rendre hommage ici et de demander à toute notre communauté géologique de s'associer au deuil de la disparition d'Henri et Geneviève Termier.

R. BOURROUILH, Novembre 2005