Notice nécrologique de Jean VOGT (1929-2005)

Cet article est publié en complément de la notice nécrologique publiée dans Géochronique n°99, Septembre 2006.

JEAN VOGT 1929-2005

Jean Vogt est décédé le 5 juin 2005 à Strasbourg, à l'âge de 76 ans. Scientifique aux multiples facettes, géographe, géologue, sismologue et historien, son activité est caractérisée par l'interdisciplinarité et plus encore par la mobilité. Mais Jean Vogt restera avant tout le père du renouveau de la sismologie historique en France et ailleurs.

Jean Vogt est né à Strasbourg en 1929 d'une famille alsacienne. C'est dans l'université de cette ville qu'il a suivi ses études supérieures, se spécialisant en géographie. Il y fut particulièrement influencé par le géographe Jean Tricart qui lui communiqua la double et rare passion du travail de terrain et du travail d'archives. Il débute sa carrière professionnelle par un bref séjour à l'éphémère université franco-sarroise (1953-54) puis au CNRS (1954-1955). Dès cette époque, il publie de nombreuses notes qui contiennent les thèmes qu'il développera toute sa vie : géomorphologie, ressources minérales, étude des sols, études agraires.

En 1955 il entre au Service géologique d'AOF, d'où il passera plus tard au Bumifom, puis au BRGM. Pendant les 20 années suivantes, il mène une carrière de géologue professionnel, menant d'innombrables missions de terrain souvent dans des conditions très précaires. Il explorera ainsi non seulement de très nombreux pays d'Afrique (Algérie, Bénin, Burkina, Centrafrique, Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée, Madagascar, Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone, Soudan, Tunisie, etc.), mais aussi d'Amérique (Antilles, Canada, Brésil, Chili, Cuba, Etats-Unis, Guyanes, Saint-Domingue, Surinam, Venezuela) et d'Asie (Australie et Nouvelle-Calédonie en particulier), sans oublier la France. Ses travaux, très divers, concernent principalement la recherche minière (or et diamant, nickel, bauxite), la cartographie des formations superficielles et géologie du quaternaire, les mouvements de terrain et l'érosion historique des sols. Sa contribution à la carte géologique de la France a été essentielle, concernant surtout les formations superficielles.

En 1975, Jean Vogt prend la direction du « Projet de la carte sismo-tectonique de la France », conduit par le BRGM, EDF et le CEA en relation avec le programme électronucléaire. De 1975 à 1985, à Orléans puis à Strasbourg, il va totalement renouveler notre connaissance de la sismicité historique de la France. Parcourant avec quelques collaborateurs tous les principaux dépôts d'archives français et certains en Europe, il amasse une quantité de nouvelles données, qualitatives et quantitatives qui sont triées et soumises à une analyse critique. Tous ses résultats seront publiés dans des centaines de notes et d'articles, et dans un important ouvrage sur la sismicité de la France publié en 1979.

En 1985, il prend une retraite prématurée, mais il va pendant 20 ans encore fournir un travail considérable sur la sismicité historique de plusieurs régions du globe (Europe, Afrique du Nord, Proche Orient, Antilles). Il se consacre aussi à des recherches qu'il mène à titre privé dès 1952 sur l'histoire agraire rhénane.

Cette extraordinaire carrière de globe-trotter, Jean Vogt l'a menée souvent aux dépens de la reconnaissance qui lui était due et aux dépens de ses publications. S'il a publié en effet des centaines de notes et d'articles, il n'a pas pu trouver le temps de rédiger de véritables synthèses de ses recherches. Jean Vogt faisait bénéficier ses collègues et relations de toutes ses découvertes en leur communiquant de nombreuses petites notes manuscrites. Il était apprécié pour ses grandes qualités de générosité, d'honnêteté, de modestie, d'intégrité, de franchise, qui l'amenaient parfois à une rigueur excessive, et aussi pour son intelligence et son humour. Il laisse derrière lui deux filles, mariées. Homme de grande culture internationale, polyglotte, mais aussi profondément alsacien, Jean Vogt a apporté à la géologie des contributions nombreuses, variées et innovantes qui mériteraient une mise en valeur et une plus large diffusion.

Quelques notes biographiques et une liste bibliographique sont disponibles sur la page Web http://eost.u-strasbg.fr/~frechet/jeanvogt.htm

J. FRÉCHET et P.-L. VINCENT