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Paris, le 2 décembre 2020              

Madame Barbara Pompili

Ministre de la transition écologique

Hôtel de Roquelaure

246, bd Saint-Germain

75700 PARIS

                                                                                                                                          

Madame la Ministre,

La crise actuelle liée à la pandémie COVID-19 a souligné l’importance d’une maîtrise des chaines d’approvisionnement stratégiques pour notre industrie. Les matières premières s’intègrent pleinement dans ce constat. En parallèle, la mise en place de l’indispensable transition vers une énergie décarbonée et des technologies numériques, en particulier pour la production et le stockage des énergies renouvelables et les nouvelles mobilités, implique des besoins de plus en plus élevés en métaux, métaux de base (cuivre, zinc) ou métaux critiques (lithium, cobalt, silicium, graphite, terres rares…), et matières premières minérales (ciment, béton, granulats, sable).

Pour y répondre, l’activité extractive est incontournable, alors que le recyclage, bien qu’indispensable, restera insuffisant.

Aujourd’hui ces technologies se développent grâce à des matières premières provenant de pays producteurs qui laissent leurs écosystèmes, leurs populations et leurs ressources en eau, subir toutes les conséquences d’une exploitation de leur sous-sol sans aucune entrave. La chaîne industrielle se réalise ainsi dans des pays, à faibles normes de protection sociale, avec des législations environnementales peu strictes et utilisant souvent le charbon ou fuel comme sources d’énergie primaire. Ces productions métalliques ou minérales sont importées, transportées par fret maritime et routier dont l’empreinte carbone est très forte. Ils deviennent, en fin de vie, des déchets sales, polluants, difficiles à recycler, et au mieux, exportés vers des pays sans engagement environnemental et à médiocre encadrement social. Par ailleurs, certains métaux sont produits dans un nombre très restreint de pays, ce qui implique une dépendance très forte dans un contexte géopolitique incertain. 

La prise de conscience au niveau européen de ces fragilités conduit à la mise en place d’un plan d’action pour sécuriser les approvisionnements, s’appuyant notamment sur le redéveloppement d’une production domestique, dans une démarche soutenable socialement et pour l’environnement.

La France possède des ressources, sur le territoire métropolitain, mais aussi en outremer, qui ne sont quasiment pas exploitées. Les connaissances disponibles sur ce potentiel ne sont que partielles, les données disponibles étant majoritairement très anciennes. Ainsi, une mise à jour des connaissances de notre sous-sol est nécessaire, action qui reposerait sur l’engagement des géologues des instituts de recherche, des établissements d’enseignement supérieur et de recherche et du secteur entrepreneurial et industriel.

Dans le but de minimiser les impacts des travaux miniers, les procédés d’extraction et de traitement des minerais bénéficieraient de l’innovation portée par l’industrie et les établissements de recherche pour développer des solutions en améliorant l’efficacité. Les résidus laissés par les activités anciennes doivent aussi être considérés comme une ressource valorisable.

Ainsi, l’ensemble de la communauté scientifique nationale pourrait apporter sa pierre à l’édifice. La formation française est reconnue internationalement sur ces thématiques. Les talents formés par nos écoles et universités pourraient pleinement exercer leurs compétences. Dans un secteur marqué par un très fort potentiel d’innovation, un environnement national favorable favoriserait l’émergence de nouvelles start-up et entreprises innovantes.

Le secteur extractif rencontre aujourd’hui une défiance sociétale indéniable, malgré son caractère indispensable.

La Société Géologique de France peut, avec ses adhérents et son réseau, apporter son soutien à ce choix industriel et participer au débat nécessaire, par ses conférences, ses Journées Nationales de la Géologie, son implication dans la médiation scientifique auprès des jeunes notamment. Elle pourra aussi exposer les arguments facilitant l’acceptabilité sociétale de ces nouvelles orientations.

Je vous prie de bien vouloir accepter, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.

Pr François BAUDIN

Président de la SGF

 

Copie à :

Madame Agnès Pannier-Runacher, Ministre déléguée chargée de l’Industrie

Madame Frédérique Vidal, Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation

Monsieur Jean-Michel Blanquer, Ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports