• Le fonds

Au début du XXe siècle, le cadre universitaire était déjà bien établi. En effet, au cours du siècle précédent, trois vagues de créations avaient conduit, d’abord sous l’Empire, puis sous la Monarchie de Juillet, et enfin sous le Second Empire, à la constitution d’un réseau de 16 universités qui couvraient l’ensemble du territoire national. Cette situation demeura pratiquement inchangée jusqu’au début des années 60. La seule nouveauté notable fut en effet la décision, intervenue en 1909, de transformer en université l’École des sciences d’Alger dont la création remontait à 1880, et dont le premier directeur avait été Auguste Pomel (1821-1898). L’université d’Alger, dotée de deux chaires de géologie et d’une chaire de minéralogie, allait jouer, avec le Service géologique de l’Algérie, pendant un demi-siècle, un rôle majeur dans l’exploration géologique de ce pays. En 1962, lorsque l’Algérie acquit son indépendance, les personnels français furent rapatriés en France.

Notons également qu’à la fin de la Première Guerre mondiale, le retour de l’Alsace-Lorraine dans le giron national permit en 1919 la réintégration de l’université de Strasbourg.

Jusque dans les années 60, la Faculté des sciences de Paris continua à jouer en quelque sorte, comme au siècle précédent, le rôle de tuteur de la géologie française. Ainsi, à la mort d’Ernest Munier-Chalmas (1843-1903), sa succession dans la chaire de géologie de la Sorbonne fut assurée par Émile Haug (1861-1927). La publication, de 1907 à 1911, de son volumineux Traité de Géologie lui conféra un prestige inégalé qui lui valut d’être bientôt élu à l’Académie des sciences (1917). Charles Jacob (1878-1962), précédemment titulaire de la chaire de géologie de Toulouse, lui succéda de 1928 à 1950. Après avoir été chargé de réorganiser le Service géologique de l’Indochine suite à la déplorable « affaire Deprat », il s’était fait connaître en réfutant, dans les Pyrénées, l’interprétation structurale de Léon Bertrand et en prenant la tête de la « réaction anti-nappiste ». Il mit à profit sa nomination à la Sorbonne pour devenir conseiller pour la géologie du ministre de l’Éducation nationale et pour exercer durant deux décennies une influence déterminante sur cette discipline. Lorsque Charles Jacob, atteint par la limite d’âge, libéra la chaire, Pierre Pruvost (1890-1967), jusqu’alors professeur à Lille, vint terminer sa carrière à la Sorbonne de 1950 à 1961. Cet élève de Charles Barrois, qui s’était forgé une réputation dans le domaine de la géologie houillère, était un homme pondéré et respecté qui sut gérer avec doigté la géologie française. Le déclin de la chaire de géologie de la Sorbonne coïncida avec le court règne de son dernier titulaire, Jean Jung (1896-1977), qui l’occupa de 1961 à 1966. La volonté d’émancipation de plus en plus affirmée des universités provinciales et le moindre prestige scientifique de son titulaire — Jean Jung fut le seul titulaire de cette chaire à ne pas être élu à l’Académie des sciences — contribuèrent à l’affaiblissement définitif de son influence nationale, au point qu’au départ de Jean Jung à la retraite, on ne jugea pas utile de nommer un nouveau titulaire, la chaire étant transformée en une simple « charge de géologie historique ».

À côté de la chaire de géologie, existait depuis 1897 une chaire de « géographie physique » dont le titulaire avait été Charles Vélain (1845-1925), à qui Louis Gentil (1868-1925) succéda en 1919. Elle échut ensuite à Léon Lutaud (1883-1964), qui changea son intitulé en « géologie dynamique », puis à Jacques Bourcart (1891-1965) qui lui succéda de 1955 à 1961 et enfin à Louis Glangeaud (1903-1986). En 1921 fut créée une troisième chaire, dédiée initialement à la géologie appliquée. Elle fut occupée jusqu’en 1940 par Léon Bertrand (1869-1947) qui, en 1928, la dédia à la « géologie structurale ». Lui succédèrent ensuite Antonin Lanquine (1877-1955) jusqu’en 1946, puis Louis Barrabé (1895-1961) et enfin Pierre Routhier.

À l’École des mines de Paris, Marcel Bertrand (1847-1907) occupa, malgré la maladie, la chaire de géologie générale jusqu’en 1907. Lucien Cayeux (1864-1944) lui succéda jusqu’à sa nomination au Collège de France en 1912. Pierre Termier (1859-1930), qui occupait alors la chaire de minéralogie, saisit cette opportunité pour se faire muter dans celle de géologie générale, qu’il conserva jusqu’à sa mort. La chaire revint ensuite à André Demay (1890-1964) à qui Jean Goguel (1908-1987) succéda en 1957. La chaire de géologie appliquée n’eut que deux titulaires de 1889 à 1971 : Louis de Launay (1860-1938) céda son poste en 1935 à Eugène Raguin (1900-2001). Cet enseignement fut ensuite assuré par Hubert Pélissonnier (1926-1997).

Au Collège de France, Auguste Michel-Lévy (1844-1911) succéda en 1905 à Ferdinand Fouqué dans la chaire d’« histoire naturelle des êtres inorganiques », jadis créée pour Léonce Élie de Beaumont. Après sa mort, cette chaire fut confiée en 1912 à Lucien Cayeux (1864-1944). Celui-ci, atteint par la limite d’âge, se retira en 1936. Une chaire de « géologie méditerranéenne » fut créée en 1938 pour Paul Fallot (1889-1960), qui l’occupa jusqu’à sa mort.

Enfin, en 1987, Xavier Le Pichon bénéficia de la création d’une chaire de « géodynamique ».

Au Muséum national d’histoire naturelle, la chaire de géologie n’eut pas, au XXe siècle, de représentants aussi éminents que l’avaient été Louis Cordier et Auguste Daubrée au siècle précédent. La chaire fut occupée jusqu’en 1920 par Stanislas Meunier (1843-1925), connu en partie pour ses expériences de géologie expérimentale. Paul Lemoine (1878-1940) lui succéda. À sa mort, il fut remplacé par René Abrard (1892-1973) qui se retira en 1962, ce qui permit à Robert Laffitte (1911-2003) de venir y terminer sa carrière après la fermeture de l’université d’Alger. Enfin, de 1980 à 1985, le dernier titulaire de cette chaire fut Lucien Leclaire (1937-1991).

À quelques exceptions près, le rayonnement des laboratoires de géologie provinciaux était relativement limité, comparé à celui de la faculté des sciences de Paris car il dépendait pour l’essentiel de la présence à leur tête de fortes personnalités. Tel fut, par exemple, au début du siècle, le cas à Marseille avec Gaston Vasseur (1855-1915), à Lyon avec Charles Depéret (1854-1929) et à Grenoble avec Wilfrid Kilian (1862-1925), à qui succédèrent Maurice Gignoux (1881-1955), puis Léon Moret (1890-1972). Plus tard s’affirmèrent à Nancy, Paul Fallot (1889-1960), qui allait ensuite se voir attribuer la chaire de géologie du Collège de France, puis Marcel Roubault (1905-1974), à Bordeaux, Fernand Daguin (1889-1948), à Besançon, Louis Glangeaud (1903-1986), à Lille, Pierre Pruvost (1890-1967) jusqu’à ce qu’il succède à Charles Jacob à la Sorbonne, à Caen, Louis Dangeard (1898-1987) fondateur en France de la géologie marine, à Clermont-Ferrand, Maurice Roques (1911-1997), enfin, à Toulouse, Marcel Casteras (1904-1976) puis Maurice Lelubre (1916-2005).

La géologie fut également enseignée dans plusieurs universités catholiques, à Paris, Lille, Lyon, Angers et Toulouse. L’enseignement le plus réputé fut celui que donna, à partir de 1876, Albert de Lapparent (1839-1908) à l’institut catholique de Paris. Jean Boussac (1885-1917) lui succéda. Plus récemment, l’enseignement y fut assuré par Albert-Félix de Lapparent (1905-1975), petit-fils d’Albert de Lapparent et par Pierre Bordet (1914-1996).

L’afflux d’étudiants, qui commença à se manifester à la fin des années 50, contraignit le pouvoir politique à envisager la création de nouveaux centres universitaires scientifiques. Ce fut, dès 1958, le cas de l’université de Paris qui ouvrit le centre universitaire scientifique d’Orsay, embryon de la future université Paris-Sud. La même situation se produisit en province, si bien que, très rapidement, s’ouvrirent de nouveaux centres scientifiques universitaires dans lesquels fut dispensé un enseignement géologique, notamment à Nantes, Brest et Reims (1959), Rouen (1960), Orléans (1961), Perpignan (1964), etc. La promulgation en 1969 de la loi « Edgar Faure » entraîna ensuite la création de nombreuses universités nouvelles en France métropolitaine. Dans les années 1980, ce fut au tour des départements d’outre-mer d’être dotés d’un centre scientifique universitaire. Parallèlement, de nombreux postes de professeurs furent créés dans les anciennes universités afin de faire face à l’afflux d’étudiants entraîné à la fois par le « baby-boom » de l’après-guerre et par la démocratisation des études supérieures.

J. GAUDANT