• Le fonds

Comme c’était déjà le cas au siècle précédent, le Bulletin de la Société géologique de France, créé en 1830, et les Comptes rendus des  séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, fondés en 1835, se partageaient  au début du XXe siècle les faveurs des géologues français. En particulier, les articles publiés dans les Comptes rendus de l’Académie ne manquaient pas de procurer à leur auteur une certaine notoriété, une situation qui perdura jusque dans les années 1960. Outre le Bulletin, la Société géologique de France éditait également  le Compte Rendu sommaire, destiné à accueillir des notes brèves, qui disparut en 1981.  C’est alors que fut créée Géochronique, revue d’information géologique, coéditée par la Société géologique de France et le BRGM. Enfin, dans les Mémoires, la Société géologique de France publiait des travaux dont la longueur excédait les possibilités offertes par le Bulletin.

En revanche, les Annales des mines n’ouvraient pratiquement plus leurs colonnes qu’à des rapports de missions d’ingénieurs des mines ou d’élèves ingénieurs.

En province, la Société géologique du Nord, fondée en 1870, avait commencé dès 1875 à éditer les Annales de la Société géologique du Nord qui devinrent assez rapidement le troisième périodique géologique le plus apprécié de notre pays. Dès l’année suivante débuta une série de Mémoires dont douze volumes parurent entre 1876 et 1934, puis quatre autres volumes entre 1963 et 1983.

En 1889, le Bulletin des Services de la Carte géologique de la France fut créé pour assurer la publication  des Comptes rendus des collaborateurs. En outre, une série de Mémoires pour servir à l’explication de la Carte géologique détaillée de la France commença à paraître. L’Ardenne de Jules Gosselet, qui inaugura la série en 1888, y fut suivie par les Recherches sur la Craie supérieure d’Albert de Grossouvre (1893-1901), puis par l’imposante Géologie des Pyrénées française (1893-1909) de Léon Carez. L’édition de ces mémoires s’acheva en 1970 avec la parution de l’Étude géologique du Rouergue cristallin de Pierre Collomb.

C’est en 1906 que virent le jour les Annales de Paléontologie dirigées par Marcellin Boule. C’était le premier périodique entièrement consacré à des études purement paléontologiques. Il complétait utilement les Mémoires de Paléontologie que la Société géologique de France publia de 1890 à 1922.

Après la Première Guerre mondiale, la France décida de conserver, en les francisant, les structures mises en place durant l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne (1871-1918). C’est ainsi que les Mittheilungen der geologischen Landesanstalt von Elsass-Lothringen, publiés de 1892 à 1920, devinrent en 1921 le Bulletin du Service de la Carte géologique  d’Alsace-Lorraine. En 1972, celui-ci prit le nom de Sciences géologiques. La publication de ce périodique s’interrompit en 1992. Sous le même titre fut également  éditée une série de Mémoires.

Un nouveau périodique vit le jour à Paris en 1928 : la Revue de Géographie physique et de Géologie dynamique dont la parution s’interrompit en 1939. Son but était de regrouper « les connaissances qui sont utiles dans le domaine de la Géographie physique » et d’accueillir « des travaux originaux sur les problèmes de Géologie dynamique ». Après un long sommeil, elle reparut en 1957 mais la géologie dynamique y étant devenu prédominante, il fut décidé en 1979 de permuter les deux composantes de son titre, avant de la rebaptiser finalement Geodinamica Acta en 1987.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’École nationale supérieure de Géologie appliquée de Nancy publia, à partir de 1953 et jusqu’en 1983, un périodique intitulé Sciences de la Terre, auquel vint s’adjoindre, de 1962 à 1987, une série de Mémoires.

La création en 1959 du Bureau de Recherches géologiques et minières (BRGM) fut marquée par une politique éditoriale dynamique. Son Bulletin, divisé en quatre sections, consacrées respectivement  à la Géologie de la France (1968-2001), à la Géologie appliquée (1968-1976), à l’Hydrogéologie (1968-1982) et à la Géologie générale (1968-1981), prit place parmi les périodiques géologiques d’envergure nationale. Enfin, à partir de 1978, le BRGM édita une série de mémoires sous le titre Documents du BRGM.

Un autre organisme de recherche gouvernemental, l’Office de Recherche scientifique et technique dans les Territoires d’outre-mer) (ORSTOM) se dota également, à partir de 1956, de plusieurs séries de publications périodiques principalement destinées à ses chercheurs. L’une d’elles intitulée Cahiers de Géologie (1969) fusionna en 1986 avec les Cahiers de Géophysique pour donner naissance aux Cahiers de Géodynamique, qui parurent jusqu’en 1997.

D’une manière générale, autour de 1960 se manifesta une tendance à la spécialisation des publications. C’est ainsi que naquirent des périodiques consacrés chacun à une discipline : le Bulletin du Groupe français des Argiles  (1955-1975), la Revue de Micropaléontologie (1958—), Pollen et Spores (1959-1989), le Bulletin de l’Association française pour l’Étude du Quaternaire (1964), devenu Quaternaire en 1990, les Cahiers de Micropaléontologie (1965-1996), Palaeovertebrata  (1967—), etc. Le CNRS publia en outre à partir de 1966 les Cahiers de Paléontologie, destinés à l’impression de mémoires.

Sous l’impulsion de Charles Pomerol, une revue régionale naquit à Paris en 1964 : le Bulletin d’Information des Géologues du Bassin de Paris, organe de l’Association des Géologues du Bassin de Paris, qui devint rapidement  un périodique destiné à la publication de contributions scientifiques concernant ce bassin mondialement célèbre.

Afin de faciliter la publication des travaux de leurs chercheurs dont le nombre commençait à s’accroître, les universités entreprirent, soit de créer de nouveaux périodiques, soit de restructurer les anciens afin de leur assurer un rayonnement accru. C’est ainsi que naquirent en 1962 les Documents du (puis des) Laboratoire(s) de Géologie de la Faculté des Sciences de Lyon. Quatre ans plus tard, le Recueil des Travaux de l’Institut de Géologie alpine de la faculté des sciences de Grenoble se transforma en Géologie alpine. Ultérieurement, les Annales de l’Université de Marseille furent à leur tour rebaptisées Géologie méditerranéenne (1974-2001).

Dans l’intervalle, Géobios, périodique paléontologique à vocation internationale, avait vu le jour en 1968 par transformation des anciens Travaux du Laboratoire de Géologie de la Faculté des Sciences de Lyon.

Enfin, plus près de nous, Geodiversitas prit en 1997 la suite de la section des sciences de la Terre du Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle. Ce périodique a rapidement acquis un statut honorable. La série C des Mémoires du Muséum national d’Histoire naturelle accueillait en outre des monographies géologiques ou paléontologiques ou des ouvrages collectifs à thème.

Ainsi, à partir des années 60, la géologie française s’était constitué un groupe de périodiques francophones de qualité, susceptibles d’exercer un pouvoir d’attraction non seulement sur les chercheurs français, mais aussi, outre-mer, sur ceux des pays francophones. Mais bientôt, le comportement des instances nationales d’évaluation du CNRS et du Conseil national des universités, en conférant un avantage substantiel aux travaux publiés dans des revues dites de rang A, à fort indice d’impact, fit qu’un certain nombre de revues anglophones se révélèrent fort attractives. Cela eut pour effet négatif de déprécier les périodiques français et de rendre difficile, voire impossible, la survie de certains d’entre eux. En effet, la désaffection relative qui s’ensuivit de la part des auteurs servit ensuite de prétexte pour réduire, voire supprimer l’aide financière qui leur avait été accordée jusqu’alors. Ainsi, au sommet de l’État prétendait-on défendre, sinon promouvoir la francophonie, alors même que les instances scientifiques officielles faisaient en sorte de lui tordre le cou, nuisant ainsi gravement au rayonnement de notre science dans les pays francophones !

Au tournant du siècle, cette politique eut pour conséquence le naufrage de plusieurs périodiques et la reprise de plusieurs titres importants par des sociétés privées cosmopolites, dont la gestion est régie avant tout par la loi du profit. L’exemple le plus éclatant fut la reprise des Comptes Rendus de l’Académie des sciences par un éditeur privé qui s’empressa de faire disparaître du titre la référence explicite à l’Académie des sciences et de rebaptiser les deux sections consacrées aux sciences de la Terre, dont l’une s’est vue affubler d’un titre abscons — Comptes Rendus Palévol — qui est à proprement parler une aberration car il semble réduire son objet à la seule paléontologie évolutive. Quant à la seconde section, elle fut intitulée Comptes Rendus Géoscience, alors même que ce néologisme ne se justifie qu’au pluriel puisqu’il a été forgé pour rendre compte de la diversité des sciences de la Terre.

J. GAUDANT