• Le fonds

Auteurs : Gaston Godard et Jean-Marc Viaud
Editeurs : Éditions du CRVH
Nombres de page : 280
Prix public : 22 €
Date de parution : 2007


Il est toujours intéressant de traverser l’histoire d’une science, en l’occurrence la géologie, non pas à travers des ouvrages de disciplines qui souvent évoquent des anciens mais simplement en les citant, mais au travers du parcours d’un de ses représentants. C’est le cas de cet ouvrage, fruit d’une recherche de bénédictin menée par les auteurs. Car ce n’est pas seulement de l’histoire d’un géologue qu’il est question, mais aussi de celle d’une famille vendéenne, qui plus est a vécu la Monarchie et la Révolution de 1789, curieusement de façon assez enthousiaste vis-à-vis de cette dernière, même si elle a ensuite été opposée à l’insurrection populaire de 1793.

Dès son enfance, Léon Pervinquière, né à La Roche-sur-Yon en 1873, a été habitué à changer d’horizon avec un père fonctionnaire dont les changements d’affectation ont fait partie de la carrière. Est-ce pour cela qu’il n’a eu aucune peine à s’habituer aux vastes espaces tunisiens ? On penserait plutôt aux liens familiaux notamment avec les de Lapparent, dont le célèbre Albert qui fut assurément un guide pour lui. Brillantes études en Sorbonne en sciences naturelles (licence en 1893) puis en sciences physiques (licence en 1897) et un 1er travail sur les buttes coquillères de Saint-Michel-en-l’Herm.

Ayant été accepté au laboratoire de Géologie de la Sorbonne, il retient la Tunisie centrale parmi ses trois sujets de thèse et c’est le début d’une aventure déterminante qui traversera toute sa vie. En 1899, il est nommé préparateur du cours de géologie, puis, en 1901, chef des travaux pratiques en géologie. Le 8ème Congrès géologique international tenu conjointement avec l’exposition universelle de 1900, offre à L. Pervinquièrre l’opportunité de présenter sa 1ère carte géologique à 1/200 000 de Tunisie. Trois ans plus tard, le 30 avril 1903, il soutient sa thèse sur la Tunisie centrale, fruit de 6 ans de travail (1897-1903) et de 3 missions de 6 à 8 mois chacune. L’une de ses contributions est l’étude de la coupe du Kef dans le nord-ouest de la Tunisie, localité type de la limite Crétacé-Tertiaire, aujourd’hui de renommée internationale. Il peut espérer ensuite passer maître de conférences mais, en 1904, il n’obtient que la charge du service des conférences de géologie et paléontologie et, en 1912, il devient chargé et non maître de conférences. Entre temps, en 1911, une épique mission en Tripolitaine le conduit jusqu’à Ghadamès, en marge du délicat bornage des frontières ; il en tirera un livre « La Tripolitaine interdite, Ghadames », publié en 1912. Il meurt en 1913 à 39 ans avant d’avoir obtenu ce poste de maître de conférences et après que l’université de Liège, apparemment plus ouverte que la Sorbonne, lui eut proposé un poste de professeur. Piètre consolation, après sa mort, la localité de Mechiguig devient Fort Pervinquière jusqu’à l’indépendance de la Tunisie en 1956.

On retiendra de lui l’image de ces défricheurs d’espace qu’ont été les grands géologues de l’outre-mer, mais aussi celle d’un passionné de la géologie, de l’enseignement et également de vulgarisation et pas seulement en géologie, avec quelque 200 chroniques scientifiques publiées dans diverses revues. Alors bonne lecture aux amateurs de personnalités humanistes, à culture scientifique étendue, grands géologues de terrain, tout autant qu’enseignants et formateurs, tout ce que fut Léon Pervinquière, après Philippe Thomas, découvreur des phosphates tunisiens, décédé en 1910.

La rédaction